Gavin a senti à quel point la nature est essentielle pour moi. Il me conseille de me rendre à l’arboretum du Botanic Garden, également dans les montagnes, mais un peu plus loin que le temple d’hier, à 30 km de Chiang Mai. 

Le petit déjeuner dans le ventre et le sac sur le dos, je me rends au point de départ indiqué par Gavin. Les chauffeurs de songthaews, le nom local des Red-Cars, sont là, à attendre le touriste en ce début de matinée. Mais pour l’heure, je suis le seul à vouloir me rendre au Botanic Garden. Ils me proposent d’attendre un peu, mais une petite heure plus tard, toujours personne d’autre que moi pour cette destination. Pour un petit supplément, l’un d’entre eux me propose de m’y emmener seul. Vu la somme modique demandée, j’accepte, et me voilà en route pour l’arboretum, mais à l’avant du pickup, ce qui m’évite d’inhaler les gaz d’échappement. Je suis un peu surpris du manque d’intérêt des touristes pour ce coin de nature, mais peut-être est-ce un peu tôt.

Nous sortons rapidement de la ville et gagnons la campagne. J’aperçois quelques buffles, qui paissent nonchalamment le long de la route. Puis la pente s’accentue peu à peu, et dans les premiers contreforts de la montagne, mon chauffeur me propose de faire un arrêt dans un soi-disant sanctuaire pour éléphant. Je refuse son offre immédiatement. Tout comme le zoo, je ne souhaite pas être un spectateur de ces mises en scène. Et ne souhaite pas non plus en devenir l’un de ses trop nombreux financeurs. Et pour le coup, co-responsable de maltraitance sur ces animaux. J’en aperçois tout de même quelque un depuis la route, à travers les arbres. Si ce spectacle en fascine certain, pour ma part, je trouve cela affligeant. Je suis convaincu que ces animaux majestueux n’ont rien à faire aux abords d’une route bruyante, entourés de trop d’humains, juchés sur leur dos, à prendre des postures stupides. Ces gens ne pensent qu’à l’effet des photos prises à ce moment-là, et immédiatement posté sur leurs réseaux sociaux.

Nous arrivons au Botanic Garden. Mon chauffeur ne repart pas et me dit vouloir m’attendre sur le parking. Il prétend avoir besoin de dormir. Soit mon ami ! Bonne nuit et à tout à l’heure ! J’ai un léger doute sur ses intentions. Je m’attends à ce qu’il n’y ait plus personne à mon retour. Aucune importance, je trouverai facilement de quoi rentrer au cas où.

Le Queen Sirikit Botanic Garden n’est pas très ancien, puisqu’il a été inauguré par la reine Sirikit en personne en 1994. Cette dernière lui a d’ailleurs donné son nom. Dédié à l’étude et à la recherche autour de la végétation tropicale et à la biodiversité environnementale, ce jardin Botanic est également un site important quant à l’éducation du grand public.

L’intégralité de ce jardin botanique, environ 1 000 hectares, se situe sur un coteau.Et cela se ressent dès les premiers mètres parcourus, parce que contrairement à la plupart des visiteurs, et malgré mon chauffeur, je décide de le parcourir à pied. Le vrombissement de moteur dans un endroit comme celui-là me paraît absurde. Mais je semble être l’exception qui confirme la règle, tous ou presque empruntent voiture, minivan et autre car touristique pour se rendre de site en site. Je remarque également qu’il n’y a pratiquement que des Asiatiques : des Thaïlandais bien sûr, mais aussi des Coréens, Chinois et autres Japonais forment la clientèle principale de l’endroit. Comme partout dans le monde, les touristes « organisés » sont pressés. Marcher est une perte de temps.

J’emprunte une large passerelle métallique jetée au travers d’un canyon de verdure. Je me promène au niveau de la canopée parmi des arbres gigantesques. Plus bas, la végétation est si dense, que je n’aperçois le sol à aucun moment. Devant moi, un groupe de Japonais, tous, sans exception coiffés de la même horrible casquette violette, et passablement agités, se prennent inlassablement en photo les uns les autres. D’autres font des « selfies », leur téléphone portable au bout d’une perche. D’autre encore choisissent ce moment-là pour avoir une conversation effrénée avec je ne sais qui, bien sûr en mode Visio et haut-parleur. Ils n’ont rien vu, rien apprécié de l’endroit où ils se trouvent. Bien trop occupé à se mettre en scène, parce que leur réseau l’exige.

Je prends tout mon temps pour laisser avancer ce groupe d’hyperconnecté. Mais lorsque je me retourne, un autre groupe, à casquette bleue et perche à selfie en main, est à mes trousses. Bref, je suis cerné. Je m’arrête quelques instants pour noter deux ou trois choses sur mon carnet, et si ces mêmes personnes me surprennent à commettre cet acte d’une autre époque, je me verrai tout de suite être « daté » entre la préhistoire et le moyen âge. Soit, j’assume mon geste.

Je sors du canyon, saoulé de casquette japonaise, et continue mon chemin un peu plus haut encore, dans cette pente verdoyante et ondulante sous l’effet d’une petite brise bienvenue. La moiteur est là. Elle m’enveloppe de sa touffeur tropicale.

J’accède au sommet de l’arboretum. C’est un grand plateau parsemé d’étangs et de serres. Ces dernières sont de belle facture, façon Jardin des Plantes à Paris, mais en plus petite. L’intérieur est un émerveillement. Les fleurs tropicales, aux couleurs chatoyantes, explosent littéralement : tantôt rampantes, tantôt grimpantes, certaine flottantes, d’autres encore comme suspendues, en lévitation au-dessus des cascades. 

En changeant de serre, je change d’univers. Je suis dans un désert mexicain après une forte pluie : une multitude de cactées en fleur parsème de couleur l’uniformité du sable.

J’entame la descente en compagnie d’un couple d’Américains. Nous faisons connaissance et tombons d’accord sur l’absurdité de parcourir ce lieu en voiture. Ils habitent la Sierra Nevada Californienne. Un endroit magique que je connais bien, et ce sont des montagnards, tout comme moi, ceci explique peut-être cela. Faire un petit effort est à la portée de tous, ou presque, mais faire systématiquement le choix de la facilité atteste d’une perfidie de l’âme. D’aucuns résument cette situation en un seul mot : le progrès.

Ce jardin botanique est un peu jeune à mon goût et ne demande qu’à se développer. Une seule chose me dérange vraiment : la nature n’est, selon moi, pas suffisamment mise en avant. Remplacer les véhicules à moteur thermique par des véhicules électriques et reverdire les routes. Aujourd’hui la technologie permet tout cela. Et créer un véritable parcours pédagogique touchant toutes les générations. Mais surtout, inciter le public à parcourir à pied les allées de ce site.

Les Américains sont arrivés à pied par les montagnes, et sont donc à la recherche d’un moyen de transport pour rentrer à Chiang Mai. Je leur propose bien sûr mon red car privatisé puisque mon chauffeur est toujours là. Il somnole en écoutant de la musique à l’arrière de son véhicule.

Je passe une belle soirée, toujours en compagnie des Américains, nous dînons dans l’un des innombrables restaurants de la Vieille Ville. Ils poursuivront demain leur voyage de 6 mois à travers l’Asie.

Thaïlande

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