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Je suis un touriste. Un vrai de vrai. Et je me comporte comme tel. Au cours de ce voyage d’un mois dans ce pays, et en plus du vol aller-retour « normale », j’ai prévu de prendre trois vols intérieurs. Si l’on ajoute les nombreux songthaews fumants, les bus d’un autre âge, et autre bateau du même acabit, autant dire tout de suite que le bilan carbone de ce voyage est tout simplement catastrophique.

Peu de temps avant ce voyage, je lisais « La Vie Samaritaine des Cognacq-Jaÿ », l’histoire des grands magasins de la Samaritaine et de leurs créateurs. Au tout début des années 1900, Ernest Cognacq, le fondateur de la Samaritaine, a réussi sa vie. Il crée la Samaritaine en (1870), et en compagnie de son épouse, la font prospérer jusqu’à devenir une institution de la vie parisienne de l’époque. Donc en ce début de 20e siècle, Ernest Cognacq, fortuné, souhaite se faire plaisir et assouvit l’une de ses nombreuses passions, l’automobile. Régulièrement, il fait l’acquisition de plusieurs d’entre elles parmi les constructeurs de l’époque. 

Quel rapport avec ce voyage ? Absolument aucun en apparence. Sauf à un détail près. Voici un passage de ce livre : 

L’intérêt d’Ernest pour l’automobile reste toujours aussi vif, jamais il ne manquera les expositions annuelles de l’automobile et du Cycle qui, pour réparer la relégation au bois de Vincennes de ces moyens de transport lors de l’exposition universelle, se tiennent depuis 1901 au Grand Palais. Les innovations y sont toujours considérable, chaque année, de nouveaux constructeurs, en très grande majorités nationaux, c’est de France que provient plus de la moitié de la production mondiale de l’automobile. Le moteur à pétrole semble en passe de devenir le préféré des fabricants, au détriment des autres sources d’énergie que sont la vapeur et l’électricité, et en attendant de voir quel avenir sera réservé à la voiture mixte pétroléo-électrique où s’illustre la marque Loehner Porche. Mais malgré cela c’est un véhicule à propulsion électrique, la Jamais-Contente de Camille Jenatzy, qui le premier dépassait les 100 km/h en 1899, et c’est la vapeur, une voiture conçue par Léon Serpollet, qui trois ans plus tard atteignit les 120 km/h. 

Nous constatons que fin 19e, début 20e, une partie des voitures de l’époque fonctionnaient à l’énergie électrique, ou hybride, avec de remarquables performances. Mais pour des raisons techniques bien compréhensibles, le poids et l’encombrement des batteries notamment, les constructeurs ont privilégié les moteurs à explosion. Peut-être aussi et sûrement, sous la pression des exploitants pétroliers, qui voyaient là, le début d’un intarissable filon à exploiter. Imaginons à quoi aurait ressemblé, 120 ans plus tard, notre monde, si l’énergie électrique eut été choisie, à l’époque, pour mouvoir les véhicules. 120 ans de recherche, et donc de découverte, 120 ans d’amélioration de la technique, des matériaux, de la façon de produire l’électricité, de la transporter, de la conserver… Je suis intimement persuadé qu’après 120 ans de progrès, l’intégralité de l’électricité produite proviendrait des énergies renouvelables. Cette dernière serait facilement « stockable », et 100 % des moteurs sur cette planète seraient muent par l’énergie électrique, y compris le plus imposant des avions. Sauf que la direction prise à l’époque fût tout autre. Et on ne pensait pas qu’un petit mec en Thaïlande, venu de France en avion bondé de passager, allait prendre 3 vols intérieurs, et se balader sur des véhicules fumants noirs.

Juste un dernier détail : aujourd’hui, nous sommes près de 8 milliards d’êtres humains à graviter autour de cette planète. Entre le milieu et la fin de ce siècle, nous serons 2 milliards… de plus ! 10 milliards d’êtres humains sur une planète en surchauffe… Peut-être serait-il le moment de s’attarder un peu sur cette situation.

Je m’installe donc dans ce bus, qui m’amène en 20 min à l’aéroport de Chiang Mai. Après la mégalopole de Bangkok, et les montagnes du nord du pays, me voici donc en route vers le sud, la Thaïlande des plages. Une autre facette, et non des moindres du royaume du Siam : la mer d’Andaman, la Province de Krabi, et Krabi Town, pour une seule nuit. Ma soif de Nature, d’isolement et de solitude se fait de plus en plus pressante. Je me suis saoulé de ville. Même si Chiang Mai est beaucoup moins impressionnante que Bangkok, je pense qu’il est tant de me mettre au vert. Et je vais être servi…

Lors de l’escale à Bangkok, on annonce au tableau d’affichage de l’aéroport un changement de compagnie non prévue. Il faut refaire les billets. Je suis baladé de guichet en guichet, et au tout dernier moment ma porte d’embarquement est affichée, et c’est en courant que je dois m’y rendre pour embarquer in extremis dans un avion de la compagnie Thaï Air Asia. Pratiquant assidu du culte de la lenteur, j’ai dû me faire violence pour ne pas rater ce vol. À l’approche de Krabi, vu des airs, la première différence que l’on constate est le changement de végétation. Si le tapis de verdure est toujours bien présent, les cocotiers ont, semble-t-il, pris le dessus sur les autres espèces. Ils ondulent doucement sous l’effet du vent. L’aéroport de Krabi est de la taille de celui de Chiang Mai, pas trop grand, comme je les aime. Sans bagage de soute, je suis rapidement à l’extérieur. Encore une fois, il est extrêmement facile de trouver un mini bus pour le centre de Krabi, et moins de 30 min plus tard, je suis devant mon hôtel, un peu à l’écart du centre. La ville de Krabi se situe en fait sur un estuaire aux eaux saumâtres, l’eau douce de la rivière et l’eau salée de l’océan se mélangent ici. C’est la fin de l’après-midi, il ne semble pas y avoir trop d’agitation, encore moins qu’à Chiang Mai. Mon hôtel est au bord de l’eau, face à ce bel estuaire. C’est mon premier contact avec les fameux long-tail boat, ou bateaux à longue queue, au bruit pétaradant si caractéristique. Ils peuvent être extrêmement bruyants à grande vitesse.

À la tombée de la nuit, j’observe un pêcheur sur son long-tail boat, venu jeter ses filets juste devant mon hôtel. Il y a beaucoup de poésie dans ses gestes séculaires. Une chose est sûre, il ne parviendra pas à vider de ses poissons la mer d’Andaman ce soir, son filet est bien trop petit.

Une soirée comme je les aime. Les dernières lueurs du jour s’estompent doucement, la poésie s’installe avec la nuit. Ce pêcheur en harmonie avec la quiétude du fleuve, quelques sons d’animaux paisibles fusent au loin. Un bien-être s’empare de moi, je suis à ma place au cœur de cette belle nuit d’Asie.

Thaïlande

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