Sur la route
Sur la route

De la Haute-Savoie à Los Angeles

J’avais alors 21 ans. Et déjà lassé de mon premier boulot, j’entreprenais un voyage à travers les États-Unis et le Canada, principalement en stop, trois mois durant. C’était en 1992.

Une petite précision tout de même, j’ai commencé à travailler dès l’age de 17 ans. Un peu tôt je pense, propulsé bien malgré moi dans un métier, la métallerie, que je n’avais pas vraiment choisit, mais ceci est une toute autre histoire… je vais plutôt vous raconter l’histoire de mon tout premier voyage : c’était en Amérique !

Prémices

Dans ma famille, j’entendais fréquemment parler de l’un de mes cousins qui parcourait le monde depuis quelques années déjà : les USA, l’Inde, La Thaïlande, l’Australie… et ce n’était que quelques pays parmi tant d’autre dans lesquels il avait séjourné. Ces aventures m’ont sans aucun doute donné quelques idées. Puis je reçu de lui une carte postale de Singapour, parce qu’en 1992 les gens s’envoyaient des cartes postales ! Il me décrivait sa vie dans les quelques lignes que permet ce format, et cela avait suffit à me faire rêver, rien de comparable avec l’atelier noir de la métallerie ou je travaillais. Alors l’idée fit son chemin, pourquoi pas moi ??

Je suis d’un esprit curieux, et le monde m’intéressait, j’adorais parcourir les atlas géographiques, les cartes de pays lointains, je lisais les livres d’écrivain voyageur tel que Roger Frison-Roche, l’un de mes modèles…Mais le second élément déclencheur fût, sans aucun doute, la lecture d’ « Un été dans l’ouest »  de Philippe Labro. (lien en bas de ce récit) Je dévorais ce récit qui décrivait l’auteur, travaillant dans les montagnes du Colorado, à la préservation de la forêt pendant ces vacances scolaires, alors étudiant sur la côte Est des États-Unis. Rien d’extraordinaire sur le fond, mais il racontait de belle manière ce coin d’Amérique des années 50 et comment lui, le petit Frenchy, surmonta sa peur et fini par s’imposer parmi les rustres que formait son entourage. Il y racontait également les mésaventures qu’il vécut “sur la route “. Oui, je pense que ce livre m’a profondément marqué, oui c’était décidé, j’allais partir pour l’Amérique !!

Lorsque l’on se passionne pour un sujet, quel qu’il soit, il est recommandé d’avoir comme modèles des gens inspirants. Marcher dans leurs pas pour commencer, puis avec le temps, voler de ses propres ailes… Cela permet également d’avancer plus vite, tout en limitant les erreurs.

Et sans tarder, je parlais de mon projet à mes copains de l’époque, très tard au cours d’une nuit fort arrosée…j’espérais peut-être décider au moins l’un d’entre eux à partager avec moi cette aventure… Sur le moment, et l’alcool aidant, tout le monde était d’accord, mais quelques mois plus tard, j’embarquais dans l’avion…seul !

Qu’importe, pour moi tout était très clair et je respectais mes engagements.

Le 2 Juin 1992, je prenais l’avion pour la première fois : Genève – Paris, Paris – Washington DC, Washington DC – Denver, Colorado ! J’allais donc passer mon été dans l’ouest !

Yes, no, goodbye, étaient, en gros, les trois mots d’anglais péniblement appris pendant ma courte scolarité. 

Première vision

Entre Paris et Washington, j’embarquais sur un magnifique Boeing 747 de la compagnie United- Airlines, avec, à l’époque, un seul grand écran pour tout le monde ! Le personnel de bord atténuait les lumières façon salle de cinéma. On peut en rire aujourd’hui, mais cela avait son charme ! J’ai mainte fois pris l’avion depuis, mais je me rappel toujours de ce moment-là, je savais, je sentais que je vivais des instants uniques. 

Ma première vision de l’Amérique fut lorsque j’étais en transit à l’aéroport de Washington DC. Les passagers avaient alors le droit de sortir de l’aéroport en attendant l’embarquement vers leur destination finale, les attentats du 11 septembre 2001 n’étaient pas encore passés par là ! J’avais pu mettre le nez à l’extérieur, accueilli par une chaleur étouffante. Mais je me souviens surtout des taxis, du jaune partout…Ils sont en grande majorité roses maintenant, bof…
Puis, de nouveau l’avion pour Denver et mon premier repas américain prit à bord… Comment dire… Je ne suis pas du tout difficile, mais là…il fallait vraiment avoir faim…
Les différentes cultures qui ont fait l’Amérique ont vraiment relevé le niveau de la cuisine, et c’est heureux ! 

The Rocky Mountains

Puis ce fut l’atterrissage à Denver. Le passage devant le douanier, rapidement expédié vue mon niveau d’anglais, je récupérais mon sac à dos, lourd comme une vache, et je me dirigeais vers la sortie. À cet instant précis, je ressentais un petit malaise : en sortant de l’aéroport, je sortais également de ma zone de confort, j’allais faire mes premiers pas dans cette immense Amérique, seul, sans connaissance de l’anglais, à 21 ans, sans connaître personne dans cette ville, la nuit tombante et sans savoir ou aller !
Je n’avais même pas osé prendre un taxis ! Et c’est à pied que je me rendais en ville !
Je traversais un quartier majoritairement composé d’afro-américain, avec tout de même une petite crainte. Mais rien de malencontreux ne m’arriva, c’était en fait un quartier plutôt paisible. Et l’un des habitants eut la gentillesse de m’indiquer un motel non loin d’ici.
Je m’y rendis aussitôt, exténué du voyage, et il faut bien le dire le moral dans les chaussettes, je m’endormais bien vite, sans penser au lendemain…
Je restais deux jours dans ce motel, et, parfaitement requinqué, je prenais la route… en stop ! Dès cet instant, une autre aventure commençait ! 

Je m’aperçois rapidement que le stop marche très bien ici, surtout si on est « bien sur soi ». Il y avait quelque fois 5 ou 6 « hitchhiker » au même endroit, dont certain avec une dégaine franchement limite. Et il y avait moi, jeune et normalement habillé, malgré ma tignasse frisée de l’époque. Il me suffisait de tendre le pouce pour que la troisième ou quatrième voiture s’arrête. Il m’est arrivé plusieurs fois de marcher le long de la route sans tendre le pouce et qu’une voiture s’arrête pour me proposer de m’emmener ! En même temps avec un gros sac à dos, les gens voyaient bien que je n’étais pas là pour faire un tennis, mais quand même, je trouvais ça incroyable ! Oui, vraiment aucun problème pour me déplacer, on me prenait rapidement, ce qui sera une toute autre histoire de l’autre côté de la frontière, au Canada…

Donc, ma première destination fut les Rocky Mountains, je voulais marcher dans les pas de Philippe Labro. 
Et ce fut un véritable enchantement qui s’offrait à moi, je franchissais des hauts cols, des gorges aux parois escarpées, je visitais des villages aux trottoirs de bois, tout droit sorti d’un western. Ma baisse de moral lors de mon arrivée s’était éclipsée comme par enchantement, j’avais raison d’être ici. Le Colorado au mois de juin est verdoyant et fleuri, bref une bonne période pour s’y aventurer.

Malheureusement peu de photos personnelles lors de ce voyage… dommage !


Chose presque impensable en France : les gens qui me prenaient en stop se transformaient assez souvent en hôte pour une nuit ou plus. Après avoir sympathisé avec eux lors du trajet en voiture, je connaissais maintenant quatre mots d’anglais, certain d’entre eux m’invitait pour passer la nuit dans leur foyer, repas compris, alors quoi de mieux ? Je me retrouvais le plus généralement dans une famille, et bien souvent l’un ou même les deux parents avaient, par le passé, parcouru les USA ou d’autre destinations, en stop. Sans doute qu’à travers ma personne, des souvenirs devaient refaire surface…
Ainsi je séjournais dans ce magnifique état du Colorado quelques jours durant, puis je pris de nouveau la direction de l’ouest, du côté de Grand Junction.
Ici, le paysage change peu à peu, la verdure des montagnes du Colorado laisse place à la sécheresse du désert, me voici en Utah. 

Jeff

Je verrai cet état depuis la cabine d’un camion américain : Jeff, un cinquantenaire moustachu et mal rasé, extrêmement sympathique, me pris à son bord, lunette de soleil et casquette vissée sur la tête, bref l’archétype même du routier américain :

– tu vas où ?

– dans l’ouest !

– monte.

Comme tout est simple ici !!

J’ai parcouru avec lui environ 700 Miles ou 1100 Km, depuis les environs de Grand Junction jusqu’aux portes de Los Angeles, Victorville exactement, ou Jeff était attendu par sa femme, tous deux pressés de prendre un avion pour Honolulu, afin d’y fêter leur anniversaire de mariage sur une plage hawaïenne !
Le tout avec un essuie-glace qui ne fonctionnait pas de mon côté, et les insectes sont nombreux par ici ! Il faut dire que Jeff n’était pas vraiment du genre maniaque du ménage, et son truck hors d’âge, ne faisait pas vraiment rêver, il faisait un peu penser au truck du film « Duel » de Steven Spielberg, mais mon chauffeur était beaucoup moins inquiétant ! Bien sûr tout ça n’avait, pour moi, pas la moindre importance, j’étais super heureux de vivre ça, et c’était tout ce qui comptait.

Les quatre photos qui suivent sont les miennes!

En cours de route, nous avons fait une pause d’une nuit à Las Vegas, sauf qu’ici, la nuit, on ne dort pas, on joue !!
Après avoir garé la bête sur un vaste parking réservé aux routiers, nous avons rejoint le Strip, la principale artère de Las Vegas et sans doute la plus connu. Ici, les casinos sont partout, le jeu ne s’arrête jamais. Nous avons joués, mangés et bus d’énorme coca-cola remplit de glace la nuit durant, la nourriture était, à l’époque, quasiment gratuite pour les joueurs.
Nous avons quitté Las Vegas au petit matin après avoir perdu quelques centaines de dollars et dormis une heure ou deux.
Jeff a roulé jusqu’à Victorville comme un avion de chasse, il risquait d’être en retard pour l’avion, ne ralentissant que lorsque le détecteur de radar hurlait et s’illuminait !
Arrivé à destination sain et sauf, nous nous sommes quitté, Jeff et moi sur le bord de la route, comme nous nous étions rencontré. Il me donna son numéro de téléphone, en cas de problème lors de mon périple. Vraiment un chouette type, jamais je ne l’ai oublié.

Los Angeles

J’avais à l’époque un cousin à Los Angeles, il était là depuis quelques années déjà, « presque » légal sur le sol américain. Je devais le rejoindre et passer avec lui quelques jours. Alors immédiatement après avoir quitté Jeff, je tendais à nouveau le pouce. Un pick-up s’arrêta : deux blacks sympas étaient ok pour m’embarquer avec eux, mais seulement dans la caisse arrière de leur pick-up, puisqu’il n’y avait que deux places assises dans la cabine.
Aucun problème pour moi, et c’est ainsi que je fis mon entrée dans la ville tentaculaire de Los Angeles, assis à l’arrière d’un pick-up sur des bottes de paille en compagnie de deux chiens de berger !!
Tentaculaire est le mot exact pour qualifier cette ville. Je pensais qu’après avoir appelé mon cousin depuis une cabine téléphonique (c’était comme ça en 1992, nous passions des coup de téléphone depuis des cabines téléphoniques!), je le verrais se pointer quelques minutes plus tard ! Il me dit que le quartier où je me trouvais, San Bernardino, était à 1 h 30 de voiture de l’endroit où il habitait, Sunset Boulevard, trois bonnes heures de voiture allé-retour, et ce, dans le meilleur des cas! Et vu l’heure tardive, je devais me débrouiller pour passer une nuit sur place. OK cousin !
Je me mis sans tarder à la recherche d’un coin où dormir dans les alentours :
je devais vraiment avoir une bonne tête, parce que le patron, d’origine grecque, du premier motel que je croisais ce soir-là, me fit dormir gratuitement dans un débarras, somme toute très confortable, juste derrière la réception. Il me dit que je lui rappelais lorsqu’il était lui-même arrivé sur le sol américain pour la première fois, seul, sans-le-sou, avec juste un sac à dos comme tout bagage et son courage… Avec le temps, il était devenu propriétaire de six motels, tous dans le même quartier, tous gérés par un membre de sa famille et il allait ouvrir prochainement son premier restaurant… abnégation, courage et travail, avec au bout… son rêve américain… merci Monsieur le grecque.

Je profitais de cette halte pour faire le tri de mon sac à dos bien trop lourd, parce qu’en stop, on marche tout de même assez fréquemment, surtout en ville et quand les bretelles du sac ont tendance à nous scier les épaules, là, il faut vraiment faire quelques choses !! Je me débarrassais donc de l’inutile pour ne conserver que l’essentiel, j’apprenais à voyager en quelque sorte !
Le lendemain, je remerciais mon hôte pour sa générosité et je prenais un bus pour me rapprocher de Sunset boulevard et de mon cousin « presque » légal.

Je retrouvais et restais donc quelques jours en compagnie de celui-ci. Il subvenait à ces besoins par de petits boulots de-ci de-là, tentant quelquefois sa chance dans le milieu du cinéma, pourquoi pas ! Il était bien sur dans le meilleur endroit du monde pour cela!
Et à bord de sa superbe Ford Mustang jaune délavé des années 60, nous nous baladions à travers cette jungle urbaine : au détour d’une colline, nous apparut le très célèbre Hollywood Sign, cela fait toujours quelques chose de voir ces lettres en vrai, vu maintes et maintes fois au cinéma et à la TV ! Puis dans la même journée nous sommes passés d’un extrême à l’autre : d’un côté le luxe de Beverly Hills, avec ses demeures ahurissantes, quand on peut les voir, de milliardaires et autres célébrités, ses voitures très haut de gamme, et ses boutiques dédiées à ce type de clientèle. Et à l’autre bout du spectre, la très grande misère d’un quartier/ghetto très délabré, dont je ne me souviens plus le nom, mais proche d’une grande gare routière : des « homeless » partout, drogue et alcool omniprésent, avec pour certain, une lointaine apparence humaine. Absolument hallucinant ! Un quartier extrêmement dangereux, mon cousin ayant pris soin de mettre de l’essence dans la Mustang avant d’y pénétrer : inconcevable pour deux blancs de tomber en panne dans ce quartier presque exclusivement composé d’afro-américains.
Mais tout se passa bien et le soir venu, nous dégustions de succulentes brochettes dans un restaurant mexicain du côté de Venice Beach.

Quelques points de vue de Los Angeles…

Je logeais non pas chez mon cousin qui était lui-même en colocation, mais dans une formidable auberge de jeunesse sur Sunset Blvd : presque tous les soirs la fête, avec des gens du monde entier, au bord d’une grande piscine cernée de plantes exotiques, bref un petit paradis. 

Les auberges de jeunesse ont tout de même un côté pervers : j’ai souvent observé des individus qui stagnaient là, sans vraiment de but, depuis un certain temps, ayant perdu le fil de leur voyage. Pour certain le confort et la sécurité du lieu, pour d’autre, un vice, alcool et drogue en tout genre… bref, toute sorte de situation inconcevable pour moi ! Derrière la douceur des voyages, il faut se rappeler le « pourquoi » de notre venue ici, et ne surtout pas se laisser aller dans cette torpeur, qui est, en fait, un véritable piège pour le voyageur trop nonchalant.

Cette pause était donc la bienvenue après quelques semaines de « route », mais je songeais déjà à la suite de mon voyage… avant de trop m’endormir…

Et ce sublime état de Californie a cela d’extraordinaire d’offrir aux voyageurs une très grande variété de paysage dont le contraste est saisissant. Après avoir visité cette mégalopole, je lorgnais du côté des montagnes… peut-être le Lake Tahoe, dans la somptueuse Sierra Nevada.

Un beau matin, je refaisais mon sac et quittais Los Angeles par le Nord, le long de la côte, pour de nouvelles aventures… et toujours en stop !!…

De nouveau sur la route...
De nouveau sur la route… vers le Nord…

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Voici le livre de Philippe Labro qui m’a beaucoup inspiré pour faire ce voyage:

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