Voici la semaine de la rentrée des classes. Le sud de la France se vide progressivement d’une grande part de ses touristes. Je m’offre une escapade sur cette Côte d’Azur que j’aime tant, malgré son invraisemblable surfréquentation estivale. La rentrée des classes permet cette respiration. Le Domaine du Rayol sera le prétexte à cette fugue. Je laisse derrière moi les Alpes déjà rafraichies par l’automne naissant, pour échouer mon van sur une plage du Lavandou, au pied du massif des Maures, à peine plus réchauffé le jour de mon arrivée. C’est mieux ainsi, la surchauffe climatique ne me convient guerre.

Agréable camping en sous-bois, vide aux trois quarts. Je pose ma maison mobile sous le couvert de grands eucalyptus, de pins maritimes odorants et autres mimosas, les oiseaux pour seule compagnie. Ce sera mon camp de base pour quelques jours.

Le Train des Pignes

Une piste cyclable a remplacé une ancienne ligne de chemin de fer, surnommé « Le train des Pignes » qui reliait Toulon à Saint-Raphaël par la côte, le long du massif des Maures. Quelle grande idée que de fermer cette ligne en 1949 ! Parmi tant d’autres d’ailleurs. Ce petit train n’aurait-il point sa place aujourd’hui en acheminant touristes et locaux de villes en village, de village en hameaux et de hameaux vers les plages, parsemées et nombreuses dans ce coin de Méditerranée ? N’aurait-il point fière allure à se tortiller au long de la Corniche des Maures ? Une piste cyclable c’est bien et même très bien, mais ce chemin de fer, aujourd’hui disparu, était LA solution de transport la plus adaptée à cette géographie si particulière du littoral varois. En lieu et place, les décideurs de l’époque optaient pour le tout voiture. Gravissime erreur, les congés payés allaient changer la donne, nous étions alors, à la veille de l’avènement du tourisme de masse.

Le charme de ce petit train a laissé place à l’incessant va-et-vient des voitures. En guise d’héritage de ce mauvais testament, nous avons récupéré les bouchons, les gaz d’échappement, le bruit constant, et probablement pour certain, un mal être, plus ou moins perceptible, qui peut s’exprimer de multiple façons. 

De ce fait, les mentalités des Français ont changé : si prendre le train était un acte naturel à cette époque, il en est tout autre aujourd’hui. Et l’arrêt de toutes ces petites lignes ont rendu extrêmement difficile d’accès bon nombre de lieux touristiques dans cette belle terre de France. Et fort logiquement, chacun d’entre nous prend sa voiture pour se rendre dans ces lieux, jadis desservis par un petit train.

Baby-boom

Ce matin j’enfourche mon VTT en direction du col de Canadel, puis sur la route des Crêtes dans le massif des Maures. 

Du col, beau point de vue sur le littoral… et sur l’emprise humaine : il faut monter haut dans la colline pour échapper aux villas qui sans cesse s’approprient la Nature. Les coteaux vierges de toute empreinte humaine se font rares.  Le baby-boomer ne compatit pas au désastre qu’il lui inflige. Seul compte son égoïste bien-être. Pas plus que ces complices élus, qui signent à tour de bras les permis de détruire. Pour la destruction des collines, le feu a, en l’être humain, un concurrent féroce. Si la nature reprend ses droits après le passage du feu, elle se meurt silencieusement et durablement devant l’humain. L’actuelle jeunesse surconsomme les écrans, le baby-boomer lui, surconsomme les espaces autrefois naturels. Le baby-boomer est un maçon, un aménageur, le baby-boomer bétonne. Sa lutte ultime en faveur de l’environnement s’amorce et s’achève à l’achat de son vélo électrique. 

Les dernières villas dans mon sillage, je recommence à respirer les senteurs méditerranéennes. Je tente d’effacer le béton de ma mémoire et d’oublier un temps trop court, cet amoncellement de bêtise humaine. 

Les récents incendies de forêt ont obligé les autorités à verrouiller quasiment tout le massif. Seuls les axes principaux restent accessibles au public. Bravant l’interdit, je me plonge dans le maquis provençal. Mais je suis un hors la loi : le simple fait de circuler à vélo sur cette piste est un délit, les panneaux d’interdiction sont partout. Le saccage de la Nature à grande échelle, lui, en revanche, est permis par de simples élus locaux. Mais qui sont-ils donc pour décider, seuls, du devenir de nos paysages ? Alors je vais dans cet écrin de verdure, encore intact, mais pour combien de temps encore ? Avant que le baronnet local ne vienne bouleverser de sa simple signature, l’ordre des choses, ou plus simplement le territoire des plantes et des bêtes. 

Le Domaine du Rayol

Le Domaine du Rayol, minuscule particule préservée du littoral varois, est, dans mon imaginaire, l’exact réplique de ce à quoi la Côte d’Azure tout entière ressemblerait, si le baby-boomer promoteur n’avait pas eu la mauvaise idée de venir poser ses valises en ce lieu : Azur, verdure, senteurs provençales, sentiers ombragés et villas clairsemées, presque invisibles, dans ce sublime foutoir naturel. À ne manquer sous aucun prétexte, pour peu qu’une sensiblerie chlorophyllienne sommeille en vous.  

Alfred Théodore Augustin Courmes fait l’acquisition de ce domaine en 1908. Cet homme d’affaire et explorateur colonial, natif de Bormes-les-Mimosas, fait édifier les différents bâtiments, ainsi que l’aménagent des jardins botanique du domaine.

En 1940, Henri Potez, le célèbre constructeur aéronautique fait l’acquisition du domaine. Puis, faute d’entretien et de personnel, et sous la pression des promoteurs immobiliers, le Conservatoire du Littoral en devient le nouveau propriétaire en 1989. Ainsi, ce paradis méditerranéen sera sauvé des exactions urbanistiques commises alentour. Aujourd’hui, les écosystèmes du monde entier, parmi ceux capables de s’adapter au climat méditerranéen, y sont représentés. Et de bien belle façon. Alors qu’il est doux de s’y perdre. Aux larges pistes, préférez les sentes à peine indiquées. On découvre tour à tour, les beautés naturelles de la Nouvelle-Zélande, puis de la Californie, en passant par l’Afrique du Sud et l’Australie. S’ensuit la visite d’une collection de cistes, puis d’étranges plantes des déserts sud-américains s’offrent à nos yeux. L’Azure de la Méditerranée parfois nous apparaît dans une trouée de chlorophylle. 

Vision merveilleuse que cette étincelle de nature, sauvée in extremis d’un enfer bétonné, par un organisme d’état « conservateur ». Conservateur : un gros mot pour l’un, le salut pour l’autre. Je suis l’autre.             

Trop court séjour méditerranéen. Je remonte doucement l’Alpe par la route de l’Empereur. 

Le Domaine du Rayol / Cliquez sur une image ci-dessous pour agrandir

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